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35 ans de la Secren : Albacora tire la sonnette d’alarme

Cette compagnie thonière, très attachée au port de Diego, déplore la vétusté de l'outillage, mais aussi le coût d'un entretien à la Secren!

En pleine saison thonière, nous avons pu recueillir d'Albacora, l'une des premières compagnies mondiales de thoniers, fidèle depuis 18 ans, au port de Diego Suarez et à son entreprise la Secren, son avis et ses appréciations sur l'escale à Antsiranana. D'après ses responsables, très attachés à Diego Suarez, le principal avantage du port tient à son emplacement au fond d'une baie abritée, juste à côté de la plus importante zone de pêche de thons.

Les installations héritées de la base militaire française restent près de 100 ans après leurs réalisations, les plus belles de l'Océan Indien, notamment la cale sèche, capable d'accueillir les plus gros navires de pêche.

L'autre avantage de Diego est la tradition portuaire de la ville, le lien qui existe entre les marins et la population, les hôtels, les bars où ils se sentent comme à la maison avec leur cuisine, leur chaîne de télé, leur huile d'olive comme à l'Hôtel de la poste. Et ce malgré les petits mais nombreux vols dont ils font de plus en plus l'objet.
En dépit ces qualités et de cet attachement, les responsables d'Albacora sont pessimistes et inquiets pour l'avenir. «Depuis 20 ans», nous dit l'un d'eux, «je n'ai pas vu une seule machine nouvelle à la Secren, l'ensemble de l'outillage a plus de 50 ans, il n'y a pas d'investissement nouveau, les pannes sont récurrentes, les camions ne marchent pas, etc. Si cela continue, la Secren va devenir un musée». Quant au personnel, d'après lui, les anciens techniciens ne sont pas remplacés, faute de transmission du savoir. «Nous sommes obligés de faire venir de l'étranger, des techniciens de toutes sortes: en hydraulique, en peinture, en électronique,... La Secren ne nous fournit plus qu'une main d'oeuvre peu qualifiée ».
Or, dans un monde de plus en plus concurrentiel, ce sont les financiers qui décident depuis leur lointain bureau. Et pour eux, le calcul est le suivant: le budget d'entretien d'un thonier varie entre 200 000 euros et plusieurs millions d'Euros par an.

Albacora représente pour Diego deux à trois gros bateaux par an et plusieurs bateaux de taille moyenne. Cela parait incroyable lorsqu'on connait les salaires malgaches, mais les financiers jugent Madagascar, cher!
D'après eux, la productivité et la qualité soutiennent difficilement la concurrence des Seychelles, Dubai et Maurice. Peu de Malgaches ont connaissance des prix facturés aux armateurs: l'heure d'un ouvrier est facturé par la Secren entre 20 000 et 35 000 Ariary. Un mois de main d'oeuvre revient donc à l'armateur à environ 4,8 millions d'Ariarys, alors que l'ouvrier touche un salaire d'environ 200 000 Ariarys. Où va l'argent? se demandent les armateurs, puisqu'ils constatent qu'il n'y a pas de nouveaux investissements....

Et pourtant tous les ans, les armateurs espagnols et français reçoivent en Europe, des délégations de la Secren qui leur promettent des nouveaux investissements. Aujourd'hui, les équipages des thoniers perdent peu à peu espoir. Ils savent que si rien ne bouge, Maurice prendra la relève et qu'il sera alors très difficile de revenir à Diego Suarez.

Séraphin B



02/09/2010
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