INFO PREMIER

Affaire Mamy Ravatomanga contre « La Gazette »


Quelques mois après avoir obtenu la condamnation à une peine d'emprisonnement ferme de notre directeur de publication, Mamy Ravatomanga récidive.

L'inculpation reste la même : diffamation. Mais cette fois-ci, ce n'est pas pour avoir repris un article paru dans un organe de presse, basé à Paris (La Lettre de l'Océan Indien) mais pour avoir rapporté une déclaration du général Faly Rabetrano, directeur général du Bianco, confirmant qu'un dossier concernant Mamy Ravatomanga a été bel et bien instruit par ce service, cependant l'enquête étant bouclée, ledit dossier a été transmis à la Chaîne pénale anti-corruption.

Quelques jours après la publication de cet article intitulé « Mamy Ravatomanga : un dossier transmis à la Chaîne pénale anti-corruption » (lire notre édition du vendredi 30 juillet 2010), le multimilliardaire porte plainte contre « La Gazette ». Le
4 août, il envoie un huissier au directeur général du Bianco pour une sommation interpellative dans le cadre de laquelle on a demandé au général de confirmer sa déclaration. Ce dernier a, certes, déclaré qu'il n'a pas expressément cité le nom de Mamy Ravatomanga, toutefois il précise qu'il a répondu à la question de notre journaliste si un dossier concernant ce monsieur existe bel et bien. « Ce dossier a été déjà bouclé et il a été transmis à la Chaîne pénale anti-corruption ».
Mamy Ravatomanga: Un dossier remis à la Chaîne pénale anti-Corruption
En effet, de fortes présomptions de corruption pèsent sur le jeune multimilliardaire Mamy Ravatomanga, un proche d'Andry Rajoelina.

Notre journaliste voulait tout simplement recouper à la source une information selon laquelle une plainte a été déposée par un groupe d'opérateurs contre M. Ravatomanga après un litige sur un projet d'électrification rurale. Enregistrée sous le numéro 18/2010, cette plainte soupçonne un acte de corruption après que M. Ravatomanga a livré à une même adresse deux véhicules de marque Toyota. Quoiqu'un unique distributeur officiel soit agréé à Madagascar, Mamy Ravatomanga vend aussi la célèbre marque japonaise. La plainte ne se situe pas à ce niveau mais plutôt par le fait que si les deux véhicules sont immatriculés sous deux noms différents, ils ont été livrés à une seule et unique adresse qui n'est autre que celle du domicile d'un magistrat…
C'est après la publication d'un article, recoupé auprès d'une source officielle, que l'appareil judiciaire s'est mis en branle contre Lola Rasoamaharo (directeur de publication de « La Gazette »), Rocco et Lambo Tahiry (journalistes).

Samedi dernier, dans la matinée, des agents de la Police nationale remettent une convocation auprès du journal. Hier après-midi, nos collègues défilent devant les enquêteurs du Commissariat central où ils ont pu prendre connaissance de l'instruction du Parquet à la Police judiciaire, intimant cette dernière de procéder à une… enquête et des arrestations. Oui, le célèbre document communément appelé « soit transmis » dans le milieu judiciaire, mentionne expressément la mention « enquête et arrestations ». Dans des cas assez rares, l'instruction mentionne plutôt le terme « arrestation pour enquête » quand les prévenus refusent de répondre aux convocations ou sont de dangereux criminels en fuite.

Jamais, un quelconque membre du personnel de « La Gazette » n'a refusé de répondre à une convocation des autorisations judiciaires et policières. Nos collègues sont-ils de dangereux bandits de grand chemin qui attaquent les taxis-brousse ? Sont-ils pires que les trafiquants de bois de rose et les prédateurs de l'économie nationale alors qu'ils n'ont même pas vu de leur vie un tronc de bois de rose ?

Heureusement pour eux, les enquêteurs ne sont pas de cet avis. Sinon, ils auraient déjà passé la nuit au violon. En effet, si on se base sur l'ordre « enquête et arrestations », ils auraient dû être placés en garde à vue avant le déférement au Parquet qui est prévu pour demain matin. Après avoir décidé de ne pas les arrêter, les enquêteurs ont toutefois exigé que nos journalistes se présentent au commissariat mercredi de bonne heure d'où ils seront escortés pour se rendre au Tribunal d'Anosy. Peut-être qu'ils seront engouffrés dans le fourgon pénitencier, menottés et placés côte à côte avec les braqueurs et les pickpockets.

Avec la célérité inhabituelle de la machine judiciaire comme si cette affaire était la plus urgente dans le pays, on se demande si demain soir, nos collègues vont passer la nuit à Antanimora et pourquoi pas à Tsiafahy tant qu'on y est. Le staff du journal a décidé hier soir de faire acheter, de Somacou, Savonnerie Trocipale et des autres fabricants « Vita Malagasy », des couvertures, des oreillers, du savon et de tout ce qui est nécessaire pour un séjour carcéral. Quand le principe fondamental du droit qu'est la présomption d'innocence est bafoué, on peut s'attendre à tout.

La Gazette


10/08/2010
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