INFO PREMIER

Dans les rues de la capitale: De nouveau, la guérilla urbaine

Les émeutes et les violentes manifestations de rue rythmeront peut-être, de nouveau, le quotidien des Tananariviens. Cela a commencé hier dans le centre-ville et ses abords immédiats, et cela a des chances de durer jusqu'au référendum du 17 novembre. Les nombreux citadins dont les activités ont été perturbées par la manif devront prendre leur mal en patience.

Rappelons que le meeting des trois mouvances, prévu hier après-midi au stade Malacam d'Antanimena, a été interdit par la préfecture de Police. Le rassemblement ayant déjà été annoncé, de nombreux partisans des trois mouvances se sont massés sur le site. Mais l'accès au stade a été barré par un important cordon des forces de l'ordre qui a reçu l'ordre de ne laisser passer personne. Les militants furent d'autant plus contrariés par la tournure des événements que, visiblement, le stade était désert et n'abritait aucune manifestation sportive ou culturelle qui aurait pu motiver l'interdiction.

Des escarmouches avec les forces de l'ordre ayant éclaté, la foule des militants fut repoussée à coups de grenades lacrymogènes. Dans son mouvement de retrait, elle pratiqua une sorte de politique de la terre brûlée dans les rues adjacentes, incendiant des pneus et érigeant des barrages. Ce fut, en gros, un remake des manifs houleuses des pro-Ravalomanana de 2009.

Nouveauté : les jeunes pro-Ravalomanana, aguerris depuis l'année dernière au combat de rue, furent épaulés par des éléments provenant des deux autres mouvances. Ces derniers ont fait hier leurs premières armes, et en première ligne aux côtés des pro-Ravalomanana, ils ont appris « sur le tas ».

En tout cas, les émeutes d'hier ont eu un caractère plus virulent avec l'apport de spécialistes de la guérilla urbaine, venus d'on ne sait où : en contact permanent au moyen du téléphone portable, ils se donnent des renseignements sur la position des forces de l'ordre, incendient prestement des véhicules là où ils ne peuvent être inquiétés, puis disparaissent en douce dans la nature.
Deux voitures brûlées ont été placées en travers de la rue à Behoririka, entravant la circulation et rehaussant, par leur épaisse fumée noire, l'ambiance de tragédie qui prévalait hier dans la capitale.
Beaucoup, notamment des parents d'élèves inquiets du sort de leurs enfants, ont récriminé contre ces manifs qui désorganisent la vie dans le centre-ville. D'autres ont pesté contre le régime de transition qui a interdit le meeting, plongeant ainsi la ville dans chaos.
La semaine dernière effectivement, quand le meeting du stade Malacam fut autorisé, la foule s'est dispersée dans le calme.

En tout cas, en installant cette atmosphère d'anarchie dans la ville, les trublions entendaient discréditer le régime de transition notamment auprès de la communauté internationale, et obtenir peut-être la reprise des pourparlers « à quatre mouvances ». Le tumulte voulait, par ailleurs, contraindre à l'annulation du référendum du 17 novembre, en accréditant la thèse selon laquelle une consultation populaire de cette importance ne peut être décemment organisée dans un climat de désordre.

Les troubles reprendront certainement samedi aux alentours du stade Malacam, Monja Roindefo y ayant programmé un meeting qui vient aussi d'être interdit par la Préfecture de Police. Grande nouveauté samedi : la jonction entre les jeunes des trois mouvances et ceux du Monima, lesquels aussi n'ont pas froid aux yeux et ne craignent pas un face à face avec les forces de l'ordre.

Signalons, néanmoins, qu'hier, aucun commerce n'a été ni mis à sac ni incendié. Mais en sera-t-il toujours ainsi, notamment samedi quand quatre mouvances vont faire leurs… quatre cent coups ?

Adelson RAZAFY



11/11/2010
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