INFO PREMIER

Deux Chinois arrêtés pour trafic de devises


284 300 euros soit environ 4 milliards de nos francs. Tel est le montant des devises saisies hier après-midi à l’aéroport d’Ivato sur deux ressortissants chinois. Ces derniers devaient s’embarquer sur le vol Air Mauritius où ils étaient prévus de s’envoler pour Hong Kong.

Après avoir rempli les formalités d’enregistrement, ces deux marchands de la capitale ont passé sans encombre les contrôles des Douanes et de la Police nationale. Ces deux Chinois ont déclaré respectivement 96 400 et 72 000 euros avec les attestations d’achat de devises auprès du bureau de change Pacifique à Ambodifilao. Le montant particulièrement élevé des montants déclarés ainsi que la date d’achat effectué le même jour, ont mis la puce aux oreilles des gendarmes.

Ces derniers ont décidé de fouiller les bagages en soute des deux voyageurs. Dans un des sacs, ils ont ainsi découvert 115 000 euros cachés dans 3 boîtes de café métalliques ainsi que 11 pièces de pierres précieuses et 5 kg de concombre de mer.

D’après les agents verbalisateurs, ces 115 000 euros n’ont pas fait l’objet de déclaration. Après avoir reconnu avoir remis les objets frauduleux à son compagnon, l’un des Chinois s’emporte en déclarant que les boîtes contenaient 200 000 euros alors que « la fouille s’était faite sous la présence de 4 agents de la société de sécurité Brinks ».

Emmenés au poste de la Compagnie d’Ivato Aéroport, les deux trafiquants demandent à ce qu’on informe l’Ambassade de Chine. Deux heures après, un responsable arrive sur place et demande à ce qu’une procédure de transaction soit entamée.

Dans la législation malgache, cette possibilité est en effet donnée aux délinquants en matière financière et douanière. Le ministère des Finances propose ainsi aux délinquants de payer une somme pouvant atteindre le double du corps du délit contre leur élargissement et clore le dossier. La transaction permet aux trafiquants d’éviter une longue procédure judiciaire qui peut être beaucoup plus couteuse car la sanction est souvent assortie d’une peine d’emprisonnement en plus des amendes et de la saisie du butin.

On s’offusquera certainement que ces deux Chinois puissent s’en sortir aussi facilement. Il faut cependant se rendre à l’évidence que la législation malgache est tellement trop clémente qu’au lieu d’être répressive, elle favorise les trafics de toutes sortes. Croyez-vous que quelqu’un, même le plus invétéré des trafiquants, ait encore osé continuer de commanditer le massacre des forêts d’Atsinanana et d’exporter du bois de rose si au lieu de la taxe spéciale (lire illégale) de 360 millions et les généreux salamalecs, nos dirigeants avaient suivi la règle en imposant des amendes de 2 milliards Fmg pour chaque conteneur de 20 pieds ?

Souvent, les dirigeants d’une transition sont novices pour ne pas connaître cette règle quand bien même, il y a la continuité de l’Etat et la mémoire de l’Administration sur qui tout bon gouvernant doit s’appuyer. Mais quelle que soit le contexte politique, les trafiquants bénéficient toujours d’une complicité, à tous les niveaux. Comment par exemple expliquer la sortie récente de 300 tortues et une dizaine de caméléons d’Ivato et leur atterrissage à Kuala Lumpur (Malaisie) ?

Sans faire un quelconque procès d’intention contre les agents des Douanes et de la Police nationale, l’opinion s’interrogera logiquement pourquoi ces derniers n’ont-ils pas eu le même réflexe que leurs collègues de la Gendarmerie, hier. En tout état de cause, il semble que l’exploit des gendarmes n’a pas vraiment rendu heureux les douaniers. Outre le partage des primes dont bénéficient les seuls verbalisateurs après le constat d’un délit, les douaniers n’auraient pas vu d’un bon œil qu’on ait marché sur leur plate-bande.

D’après le Code des Changes, seuls les agents des Douanes (et ceux du Trésor ainsi que le Gouverneur de la Banque centrale ou ses représentants) sont, en effet, habilités à constater les infractions à la réglementation des changes. Dans le cas d’espèce, les gendarmes ont bel et bien constaté une infraction en la matière par la non-déclaration des 115 000 euros alors que tout montant égal ou supérieur à 10 000 euros doit faire l’objet d’une déclaration à l’entrée comme à la sortie du territoire. Nonobstant la procédure de transaction qu’ils ont proposée, les deux Chinois peuvent donc évoquer un vice de procédure. Ainsi, les gendarmes ne doivent-ils plus agir si demain ils soupçonneront le transport d’un million de dollars dans une valise mise en soute ?

Là encore, le problème se ramène à la législation. Comment espérer lutter efficacement contre la corruption et le blanchiment d’argent si le Bianco et le Samifin sont ramenés à de simples services administratifs chargés uniquement de mener des enquêtes à partir des plaintes dont la suite de leurs conclusions sur une affaire quelconque leur échappe totalement. C’est une volonté politique de rendre cohérents les textes avec les objectifs vraiment visés. C’est la même volonté qui peut les appliquer réellement. Les princes qui nous ont gouvernés et ceux qui aspirent à le devenir ont-ils cette volonté ?

Salomon

Ravelontsalama (Sa)


11/08/2010
1 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 4 autres membres