INFO PREMIER

DSK,et l'argent ce n'est pas Jaurès, c'est Rockefeller.

La droite (ouvertement) mais aussi une partie de la gauche (à mi-voix) s'interrogent sur le « cas DSK ». Vient-il de compromettre ses chances de rassembler demain l'ensemble de l'opposition ?


L'image – désastreuse – fait tache d'huile. En s'installant, le 28 avril dernier à Paris, à l'arrière de la Porsche Panamera S de son conseiller Ramzy Khiroun, également porte-parole du groupe Lagardère, Dominique Strauss-Kahn a réveillé les critiques sur sa fortune et son train de vie.
DSK:La Porsche. Encore un qui saura vous les vider, les poches....
DSK : Des costumes à 35.000 $ pièce
Riche, le patron du FMI l'est indubitablement. Plus que sa rémunération annuelle à Washington, qui s'élève à 314.800 € net d'impôts, c'est son patrimoine, révélé cette semaine dans L'Express, qui en donne la mesure... vertigineuse :
 le couple Anne Sinclair-DSK possède, à Paris, un six-pièces dans le XVIe arrondissement (acheté 2,59 millions d'euros en 1990) et un 240 m2 place des Vosges (réglé comptant 4 millions d'euros en 2007), mais aussi une maison de 380 m2 dans le quartier huppé de Georgetown à Washington (payée 4 millions d'euros en 2007) et un riad à Marrakech (saisi pour 500.000 € en 2000, avant travaux).


Ces biens tiennent d'abord à la fortune personnelle d'Anne Sinclair, dont le grand-père maternel, Paul Rosenberg, fut le marchand d'art des grands peintres du XXe siècle, au premier rang desquels Pablo Picasso. Dominique Strauss-Kahn, lui, a connu les vaches maigres après les années d'opulence à Agadir, où il a passé son enfance jusqu'au terrible tremblement de terre du 29 février 1960. Son père, qui avait ouvert au Maroc un cabinet de conseil juridique, perd alors ses clients et ses biens. Il décide donc de rentrer en France et rapatrie toute la famille, à Monaco puis à Paris. Ses revenus en dents de scie contraignent DSK à payer lui-même les frais d'inscription à l'Essec de son frère Marco en 1973 (voir Le Roman vrai de Dominique Strauss-Kahn, de Michel Taubmann, aux Editions du Moment).

« Vaniteux et cossard.. »

S'il n'est pas né avec « une cuillère en or dans la bouche », le ministre de l'Economie et des Finances de Lionel Jospin n'en a pas moins « toujours couru après l'argent », confie un sénateur socialiste qui le connaît bien. « C'est son point faible », ajoute-t-il. Un talon d'Achille bien identifié par la droite, qui appuie là où ça fait mal. « DSK est vaniteux, cossard, jouisseur, accuse Pierre Lellouche, secrétaire d'Etat au Commerce extérieur et connu pour son franc-parler.
Sa femme et lui sont de grands bourgeois :
lors de la campagne législative en 1993, elle portait des tailleurs de marque et de lourds bijoux pour distribuer ses tracts à Sarcelles, où je les ai battus ! » Valérie Rosso-Debord, députée UMP de Meurthe-et-Moselle, renchérit : « Le mode de vie de Strauss-Kahn, c'est un mélange de suffisance et d'indécence. »
Comme le Fouquet's qui colle à la peau de Nicolas Sarkozy depuis qu'il y a fêté sa victoire à la présidentielle de 2007, la Porsche utilisée par DSK pourrait marquer au fer rouge le probable candidat aux primaires du PS. « A sa place, je m'inquiéterais. Après le documentaire sur Canal+ où il cuisinait une bonne tranche de tournedos, les faux pas se multiplient. L'image de la Porsche est peut-être moins un déflagrateur qu'un détonateur », tacle un député proche de Martine Aubry.

« Dominique n'est pas hypocrite »

Les strauss-kahniens, eux, en minimisent l'impact. Jean-Christophe Cambadélis, premier lieutenant de DSK Rue de Solferino, concède tout juste « une faute d'attention ». « Dominique doit rester lui-même. Il assume son rapport à l'argent, et c'est très bien ainsi. Il est moins hypocrite que ne l'ont été certains, même au PS », estime Michèle Sabban, vice-présidente du conseil régional d'Ile-de-France. « Et puis, vous avez déjà vu un président RMIste ? », ironise-t-elle.

Un argument que déclinent aussi ses proches à Sarcelles, banlieue populaire au nord de Paris : « Il faudrait qu'il mange des sandwiches grecs et qu'il roule en 2CV alors qu'il est patron du FMI ? Mais il est l'image de la France ! », s'indigne Hussein Mokhtari, vice-président du conseil général du Val-d'Oise. Ali Soumaré, élu à Villiers-le-Bel, poursuit : « Les gens se fichent de son image bling-bling. Lors d'une réunion il y a plusieurs mois à Mantes-la-Jolie, un sympathisant m'a dit : "Au moins, s'il se lance dans la présidentielle, on sait que ce n'est pas pour l'argent !" »

En coulisses, pourtant, on s'active pour déminer ce dossier sensible. Sur fond de tensions entre « politiques » et « communicants » (Euro-RSCG), les strauss-kahniens préparent le retour de leur champion, « qu'il faudra ancrer clairement à gauche », confie l'un d'eux. « La communication doit s'effacer au profit du politique, plaide Michèle Sabban. Il est temps de revenir à l'essentiel. Or la seule chose qui importe, ce sont les propositions de Dominique à l'égard des plus précaires. Il est le père des 35 heures et des emplois-jeunes : il sait faire attention à la souffrance en France. » Encore faudrait-il qu'il parle...

Par Gaëtane Morin, Pascale Tournier



12/05/2011
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