INFO PREMIER

Feuille de route signée ce jour: Le plus dur reste à faire

Cérémonie de « paraphe » de la feuille de route cet après-midi à 15 heures au Centre de Conférence International d’Ivato. Le médiateur Leonardo Simao invite les chefs de parti et groupement à venir apposer leurs signatures au bas du document.

Ainsi se termine donc (provisoirement) l’intense série de consultations menée pendant près d’un mois dans l’île par la médiation internationale. Leonardo Simao n’a pas voulu se plier à l’ultimatum de 48 heures lancé par le groupe d’Ivato et a dépassé de 24 heurs l’échéance.
L’homme veut peut-être ainsi indiquer qu’il est imperméable aux pressions et qu’il entend rester maître de son calendrier. Un vice de forme de taille en tout cas dans l’opération de ce jour : beaucoup de chefs de parti se rendront compte sur place du contenu de la feuille de route. Pourtant, la correction aurait voulu que la mouture finale fût publiée 24 ou 48 heures à l’avance. De cette manière en premier lieu, le grand public, premier concerné, aurait pris connaissance de la teneur du document et aurait jugé de sa qualité et de son caractère approprié. En second lieu, les partis auraient organisé en leur sein un débat interne et leurs chefs seraient venus au Centre de Conférence d’Ivato porteurs d’une résolution collective et non d’une décision personnelle.

Le document en tout cas est une subtile synthèse de l’accord de Maputo et de l’accord politique d’Ivato d’août dernier. Il s’inspire du premier en ce sens qu’il prône une transition neutre, consensuelle et inclusive et ouvre les institutions de la transition à toutes les forces politiques. Il a pris au second le côté « partis » et non plus « mouvances » et la cérémonie de cet après-midi en est d’ailleurs une illustration. Mais comme à Maputo, Addis Abeba ou Prétoria, le plus dur reste à faire : les partis et fédérations de partis auront à se repartir les sièges des institutions de la transition, notamment le gouvernement d’union nationale et les deux chambres parlementaires.
La feuille de route n’a pas fixé le quota de sièges des uns et des autres et il appartiendra aux partis signataires de se mettre autour d’une table afin de se livrer au partage. Opération délicate comme depuis toujours et qui n’est pas d’avance vouée au succès, même si en gros, la répartition ne concernera que les partis pro-Rajoelina.

Afin de s’assurer le contrôle de l’Etat en vue des élections, certains postes du gouvernement feront l’objet d’âpres discussions. Surtout ceux qui peuvent accorder à leurs titulaires des fonds électoraux (Finances et Budget, Energie, Mines etc.), ou ceux qui permettent de peser sur l’électorat et d’influencer le vote à son profit (Information et Communication, Education, Fonction Publique et Travail etc.). Dans cet exercice à risques, les groupements favorables à la HAT pourraient se déchirer et se brouiller. La médiation internationale, a-t-on dit, arbitrera les litiges et tranchera sur les cas les plus ardus. Mais comme auparavant, ce n’est pas là un gage de succès de l’opération ni d’équité de la répartition. Ceci attire l’attention sur un fait : des élections justes, ce n’est pas seulement des listes électorales dressées convenablement et des opérations de vote correctes. Celui qui, par exemple, a la maîtrise des stations officielles de radio et de télévision s’assure une large avance dans la course. Les observateurs électoraux n’y verront que du feu…

Quid en tout cas des trois mouvances qui ont exprimé des réticences sur la feuille de route et qui ne seront probablement de la partie à Ivato ? Si elles font défection, des partis pro-Rajoelina les classent déjà parmi les formations d’opposition dans la Quatrième République. Mais qu’on le sache déjà : chez ces mouvances profondément amères et frustrées car mises à l’écart de la vie nationale, il n’y aura pas d’opposition « normale ».

La rancœur les poussera (soit elles, soit des électrons libres en leur sein) à l’activisme et à la violence. On en a déjà eu un aperçu ces derniers mois avec les tumultueuses manifs de rue, le dépôt de bombes artisanales, les mutineries sanglantes dans l’armée, les attentats retentissants à l’explosif etc. Si la question de la participation de ces mouvances à la gestion de la transition n’est pas réglée, qu’on n’espère pas un contexte politique serein et apaisé. Andry Rajoelina, auteur (selon lui) de l’insertion du mot « Amour » dans la devise de la République, devrait tendre la main et agir en faveur du retour de ces mouvances dans le jeu politique.

Car les pro-Ratsiraka, les pro-Ravalomanana et les pro-Zafy font partie de son peuple. Et dans l’application de la feuille de route, le Ray aman-dReny ne devrait abandonner aucun de ses enfants …au bord de la route.

Adelson RAZAFY



09/03/2011
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