INFO PREMIER

Madagascar et la SADC: C’est le divorce !

Les médias se sont montrés étrangement silencieux sur le geste du ministre des Affaires étrangères qui, lors de l'assemblée générale de l'ONU, a quitté la salle de conférence quand un chef d'Etat ou de gouvernement des pays membres de la Sadc prenait la parole. Il entend ainsi protester contre les décisions adoptées par la Sadc à l'encontre du régime transitoire depuis 2009, et surtout d'avoir l'an passé empêcher Andry Rajoelina de s'exprimer à la tribune de l'ONU.



Ce geste du ministre est, certes, symbolique, cependant il n'a pas laissé, apprend-on, indifférents une partie de l'assemblée, ce 21 septembre. Il a, dit-on, lancé, en l'absence d'Andry Rajoelina, un message fort à la face du monde, selon lequel Madagascar ne ferait plus désormais partie de la Sadc. Le ministre Hippolyte Ramaroson avait une mission à accomplir à New York, celle d'enfoncer le clou… puisque la communauté des Etats de l'Afrique australe rejette Madagascar, réciproquement, le ministre en a fait autant.

En tout état de cause, Joseph Deiss, président de l'assemblée générale de l'ONU, s'est d'ailleurs félicité de l'attitude du représentant de Madagascar, en la personne du ministre Ramaroson, de ne pas prendre la parole lors de la réunion de haut niveau des Nations Unies sur les objectifs du millénaire pour le développement. Pas la moindre réprimande n'a été alors adressée à l'endroit de la HAT. Bien au contraire.

Ce n'est pas encore la reconnaissance internationale. Loin s'en faut. Par contre, quelques timides initiatives commencent à se faire jour venant des bailleurs de fonds institutionnels, ceux-là même qui étaient farouchement contre toute aide financière en direction de Madagascar depuis ce vrai-faux coup d'Etat de mars 2009. Ainsi, l'Union européenne vient récemment d'ouvrir petitement son robinet en faveur de l'île : elle a débloqué dernièrement, au tire du 10ème FED, 260 000 euros. Une somme dérisoire, comparée aux besoins réels de Madagascar. Ce n'est qu'un début, paraît-il. Wait and see.

Quoi qu'il en soit, la partie de bras de fer, longtemps annoncée mais jamais consommée, entre la Grande Ile et ses voisins de l'Afrique australe, est maintenant une réalité.
A moins que... On attend, donc, l'officialisation de la rupture, à qui profite ce divorce ? Personne ne pourra prétendre avoir la garde des enfants ou récupérer les meubles. Aucune des deux parties n'aura, en tout cas, à payer des pensions alimentaires. Tant mieux.

Dans une édition , nous avons déjà dit que, dans le cadre des négociations pour une sortie de crise, « La Sadc est disqualifiée », force est aujourd'hui de constater que la HAT ne voudrait pas revenir en arrière.

Pire : le projet de la Sadc d'installer un bureau de liaison à Antananarivo, est remis maintenant en cause.

Pire encore :
l'intention de l'Afrique du Sud de ramener au pouvoir Marc Ravalomanana n'est plus à l'ordre du jour.
De toute façon, l'Afrique du Sud qui a accueilli et protège l'ancien président malgache sur son territoire, est devenue juge et partie. Donc, elle n'est pas crédible pour participer à une solution de sortie de crise à Madagascar.
On croit savoir que le Comesa (Marché commun de l'Afrique orientale et australe), dont notre pays est membre, semble également élever la voix pour demander la poursuite des sanctions contre Madagascar. D'ailleurs, en novembre 2009, le Comesa a suggéré l'envoi d'une force militaire dans l'île afin d'y rétablir l'ordre constitutionnel…

Pourtant, que trouve-t-on à la tête de cette organisation africaine ? Omar el-Bechir, le président du Soudan, recherché par le tribunal pénal international pour crime de guerre et génocide ; et aussi le chef d'Etat de la RDC, du Zimbabwe et celui du Rwanda… Tous, nous osons le dire ici, sont des criminels notoires. Ces despotes du Comesa et de la Sadc se posent en donneurs de leçons concernant la transition à Madagascar… Messieurs les dictateurs, un peu de tenue s'il vous plaît ! Ce qui est curieux : ces gens-là ont le soutien de la communauté internationale, alors qu'Andry Rajoelina est honni partout, considéré comme un pestiféré.

Malgré tout et tout, nous sommes en mesure de dire (sans aucune prétention de notre part) que la « reconnaissance internationale » est en bonne voie. Nonobstant son retrait de la Sadc, Madagascar ne va pas disparaître ni devenir orphelin sur le plan international. A condition, toutefois, qu'Andry Rajoelina respecte la « bonne gouvernance ». En effet, des faits et gestes de certains de ses ministres et proches collaborateurs inquiètent les bailleurs de fonds… En outre, ces derniers s'interrogent sur une éventuelle mainmise de la HAT sur l'appareil électoral.

Tout repose finalement sur ce que va faire prochainement Andry Rajoelina. Aura-t-il les reins assez solides, d'ici les élections, pour dissiper ce climat d'intimidation à l'extérieur, et cette ambiance d'insécurité et d'incertitude à l'intérieur ? Il faut l'avouer, M. Rajoelina n'a pas su ou voulu profiter du morcellement de l'opposition et la perte d'influence des trois mouvances pour avancer ses pions… Est-ce là une stratégie qu'il se garde, pour le moment, de dévoiler ?

Franck RAHARISON



24/09/2010
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