INFO PREMIER

MADAGASCAR: Un navire en perdition.

Pour de nombreux ténors politiques, la reconnaissance du gouvernement d'union nationale apparaît comme une idée fixe. La perspective d'une reconnaissance immédiate est agréable à l'oreille et porteuse d'espoir car elle implique un retour progressif de la confiance des bailleurs de fonds et en bout de chaîne, un climat favorable à la croissance.

Le problème est que l'idée d'une reconnaissance toute proche est empreinte de naïveté et relève de l'anticipation, voire du mythe. Après le rêve de la feuille de route, nous voici obsédés par une reconnaissance imminente. Abonnés aux tragédies, nous avons l'art de glisser avec exaltation d'une chimère à une autre et de quitter une impasse pour s'engouffrer dans une autre. Avant de rechercher la reconnaissance internationale à tout prix, nous devrions avoir une meilleure connaissance du droit international.
 
Après avoir privilégié un schéma de sortie de crise entre Malgaches, nous devrions admettre qu'il est mal venu de quémander une reconnaissance immédiate à la communauté internationale.
Aujourd'hui, cette dernière ne peut pas prendre le risque de reconnaître un gouvernement qui n'a pas prouvé sa capacité à faire respecter un calendrier électoral et à garantir des élections libres et transparentes. Elle ne peut que prendre acte de la mise en place du nouveau gouvernement qui se rapproche de l'idéal consensuel et inclusif et l'encourager à aller de l'avant dans le processus électoral.

Il faut cesser de bercer le peuple d'illusions : la reconnaissance n'est pas pour demain. Elle interviendra peut-être… après-demain, à la suite de la proclamation des résultats officiels de l'élection présidentielle. Pas avant. Il ne saurait y avoir de reconnaissance sans élection. C'est une évidence, doublée d'une certitude. Aujourd'hui, comme hier, et ce depuis l'accession d'Andry Rajoelina en mars 2009, la priorité absolue est l'organisation de toutes les élections afin d'aboutir à la restauration, jusqu'à son terme, de l'ordre constitutionnel.

Pour le moment, notre pays est dans une situation hybride, puisque nous sommes à la fois dans la Transition et dans la IVe République. Le référendum constitutionnel a été une première étape constructive à mettre à l'actif d'Andry Rajoelina et son équipe, mais depuis, le processus électoral est au point mort. La faute incombe aux anciens chefs d'Etat qui, ensemble ou séparément, prennent un malin plaisir à mettre des bâtons dans les roues d'Andry Rajoelina et à retarder les plans initiaux de ce dernier.

Tant que Marc Ravalomanana a de l'argent, il fera tout pour empêcher le soutien de la communauté internationale à la Haute Autorité de Transition, comme il fera tout pour saboter le scrutin présidentiel s'il ne peut y participer. Dans le même esprit, il achètera tous les potentats et roitelets de la SADC et de l'Union africaine pour faire obstacle à la reconnaissance de l'autorité d'Andry Rajoelina si celui-ci est élu. En admettant que la reconnaissance soit un but, Andry Rajoelina n'a pas d'autre choix que d'arrêter un calendrier électoral et de s'y tenir coûte que coûte.

Toutefois, si les élections relèvent de l'urgence, elles ne sauraient se réaliser dans la précipitation car une organisation bâclée serait à la fois contre-productive et suicidaire. Pire encore, elle permettrait à Marc Ravalomanana de revenir aux commandes de notre navire en perdition. Or, personne n'a envie de se retrouver avec le diable sur le dos. L'élection présidentielle en septembre prochain est donc souhaitable mais est-elle bien raisonnable ?

RANARY



05/04/2011
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