INFO PREMIER

MADAGASCAR:Les beaux jours de la corruption

Le Bureau indépendant anti - corruption revient une fois de plus à la charge pour enjoindre les membres du Gouvernement à faire la déclaration de leur patrimoine. Les tentatives antérieures, depuis sa création sous le régime précédent, ont toujours été vaines.



Le nombre de ceux qui ont accepté de se soumettre à cette règle a atteint rarement le quart des concernés.
Et ce n'est pas pour une période limitée d'exercice de hautes fonctions que ceux - là vont faire preuve de bonne volonté quand leurs prédécesseurs s'y sont défilés.
Force est de reconnaître que le Bianco n'a jamais eu la tâche facile dans sa lutte contre la corruption. Ses seuls faits d'armes se résument en de statistiques sur les nombres de plaintes et d'affaires traitées ainsi qu'en information sur les secteurs où la corruption sévit le plus. Des faits d'armes qui ne semblent pas justifier les fonds importants qui lui ont été affectés depuis sa création. Du reste, sa marge de manœuvre a été, dès le départ, limitée du fait d'une allégeance plus ou moins marquée envers les tenants du pouvoir. Son indépendance n'est, en réalité, que théorique. Car dans la pratique, la situation se corse souvent.

D'aucuns ont noté que lesdites affaires touchent ce qu'il convient de qualifier le « menu fretin ». Et même si la presse fait état de corruption à grande échelle et touchant de hauts personnages politiques et économiques, cette Institution semble vouloir se dérober en arguant qu'elle peut entamer des démarches sans plainte. Ce qui est on ne peut plus normal lorsque les victimes ont toujours affaire à plus forts et plus puissants qu'elles.

La Justice, la Police, les Douanes et les Domaines seraient, selonTransparency International dans ses rapports successifs, les domaines où la corruption est la plus flagrante. Elle y continue de plus belle et ne cesse, semble – t - il, de prendre de l'ampleur. Toutes proportions gardées, elle ne représente dans ces secteurs que ce fameux arbre qui cache la forêt.
Cette corruption - là est, certes, très préjudiciable au pays, à son économie et partant à son développement, mais elle est bien sans aucune commune mesure avec celle qui touche le milieu des affaires où de grandes entreprises brassent beaucoup d'argent et où les pots de vins atteignent des sommes astronomiques si l'on s'en tient au montant établi et communément accepté des commissions sur des valeurs  importantes. C'est, en fait, cela qui est hautement nuisible. Entrer dans ce système pour mettre fin à la corruption s'apparente à mettre la main dans un panier à crabes où les pinces sont particulièrement acérées et représentent un réel danger.

L'autre visage de la corruption, celle non monnayée, prend également des proportions inquiétantes. Les trafics d'influence représentent un réel danger dans la mesure où ils désorganisent le système qui flirte en permanence avec l'illégalité. Les victimes sont toujours les mêmes. Celles sans relation et, bien entendu, sans moyen.

Le Bianco s'est trouvé sur la sellette durant cette crise politique quand le financement de son fonctionnement, par les bailleurs de fonds, a cessé. En outre, les observateurs n'ont pas été sans remarquer que d'autres structures ont été mises en place. Il y a des doutes qu'elles aient été créées dans une optique de complémentarité ou de renforcement. On y verrait davantage de la défiance et de la méfiance.

La corruption a encore de beaux jours dans notre pays. La lutte n'est pas seulement de longue haleine. Elle ressemble à une mission impossible. Dans de nombreux pays, parfois ou souvent ceux - là mêmes qui la financent dans les pays pauvres, elle est devenue une pratique courante presque institutionnalisée. Comme pour tous les autres trafics, comme chez nous celui du bois de rose, elle ne manque ni de moyens ni d'imagination pour perdurer.

La déclaration de patrimoine des membres du Gouvernement et d'autres Institutions a sans doute sa raison d'être. Elle vient d'être rappelée en haut lieu de la Transition. Un haut lieu qui semble ne pas réussir à se faire obéir en s'en tenant à des injonctions sans suite. En lieu et place, il n'est ni sorcier ni difficile de suivre à la trace des enrichissements sans cause consécutifs à des nominations aux hauts mplois de l'Etat, lesquels se font au vu et au su de tous. Par contre, entamer les procédures en évoquant à la clef les peines  – quelques mois d'emprisonnement -  et les amendes  – quelques dizaines de millions d'Ariary -  est une autre paire de manches.

V. R.


06/04/2011
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