INFO PREMIER

Malgaches maltraitées au Liban :86 employées rapatriées

C’est un début. Ce qui jusqu’à maintenant n’était qu’une rumeur est devenu réalité : le gouvernement malgache a rapatrié, dans la nuit de mercredi à jeudi, 86 jeunes filles, employées de maison, qui avaient émis le souhait de retourner dans la Grande Île après avoir subi des maltraitances. Plus de 500 autres seraient encore en attente à Beyrouth.



C'était une revendication de l’ONG SPDTS (Syndicat des travailleurs diplômés en travail social). Dans la nuit de mercredi à jeudi, elle a commencé à prendre corps. Le gouvernement malgache a procédé au rapatriement de 86 jeunes filles malgaches, maltraitées dans les familles où elles travaillaient au Liban. “La plupart de ces 86 personnes se sont enfuies de chez leurs employeurs. Leur cas a été négocié par le consul au Liban, après une demande de rapatriement de leur famille ou bien d’elles-mêmes”, a expliqué à l’AFP Nadine Ramaroson, ministre de la Population, venue les accueillir à l’aéroport d’Ivato.

DES CENTAINES DE JEUNES FILLES AU CONSULAT

Dès leur arrivée, elles ont été prises en charge par les travailleurs sociaux du SPDTS qui vont assurer un suivi médico-social. “Ça se passait mal avec ma patronne, elle me frappait et ne me donnait pas mon salaire. Je suis très, très contente d’être rentrée”, a déclaré à l’AFP une de ces employées, Léonie, 25 ans.

 “L’amie avec qui je me suis enfuie de chez mon patron n’a pas pu monter dans l’avion au dernier moment. Je m’inquiète beaucoup pour elle, elle ne va pas bien”, raconte Augustine, 32 ans. Un tel rapatriement était attendu depuis longtemps par les Malgaches qui avaient fui leurs patrons. Il a commencé à se préciser en février dernier. Une rumeur persistante avait ainsi poussé des centaines de jeunes filles, bagages en main, vers le consulat de Madagascar au Liban.

Début février, dans un journal libanais, Marcel Abi Chedid, le consul honoraire avait tenu à couper court à toute rumeur. Mais en coulisse, l’ONG SPDTS négociait avec le gouvernement. Brigitte, assistante sociale déclarait dans nos colonnes : “On essaie de sensibiliser les autorités. On a demandé qu’un avion spécial soit affrété pour qu’elles soient toutes rapatriées.” C’est finalement ce qui s’est passé. “Il y a eu beaucoup de morts, c’est pourquoi l’État a décidé de rapatrier celles qui voulaient rentrer. L’État a pris en charge ce rapatriement et va accompagner ce retour”, a déclaré le Premier ministre malgache Camille Vital au moment de l’arrivée des jeunes femmes. En un an, 17 corps d’employées mortes sous les coups de leurs employeurs ont été rapatriés du Liban.

7 000 EMPLOYÉES MALGACHES AU LIBAN

À nos confrères de L’Orient le jour, en février, le consul livrait son analyse sur le cas des jeunes filles décédées ces dernières années au Liban : “Certaines sont victimes d’accident de la route. Pour d’autres il s’agissait de suicides. Il se pourrait bien que certains décès soient dus à de la maltraitance. Mais pour le savoir, il faudrait ordonner des enquêtes privées, en cas de mort suspecte. Mesure que nous n’avons pas la possibilité d’appliquer pour le moment.”
Aujourd’hui, celles qui sont de retour, vivantes, sur le sol rouge de la Grande Île, peuvent raconter le calvaire qu’elles ont vécu. Elles seraient toujours plus de 500 à attendre un nouvel avion pour rentrer chez elles. 500 seraient déjà rentrées d’elles-mêmes en 2010. L’ONG SPDTS estime à 7 000 le nombre d’employées malgaches au Liban, toutes recrutées par des agences de placement.
Leur mode de recrutement ? Des rabatteurs envoyés en brousse et promettant aux jeunes filles de devenir millionnaires en Francs malgaches (FMG) grâce aux 150 dollars (1 522 500 FMG) mensuels promis. 10 % des partantes seraient victimes de maltraitance. Le SPDTS conclut : “C’est déjà trop”

Nicolas Goinard avec l’AFP





25/03/2011
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