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Mayotte devient le 101e département français

Ce confetti français de l'océan Indien.Mayotte est aujourd'hui le 101e département français. Un défi pour ses quelque 200 000 habitants, musulmans à 95 % et attachés à leurs traditions,qui ont choisid'être rattachésà la France en 1974.

Pour beaucoup d'habitants de Mayotte, le statut de département est l'aboutissement d'un rêve.

Mamoudzou.Correspondance

Il y a trente-sept ans, Mayotte votait contre l'indépendance, pour échapper à l'emprise de ses voisins comoriens. Le long processus d'intégration à la République touche au but. Aujourd'hui, l'ex-collectivité territoriale de l'océan Indien devient le cinquième département d'outre-mer. Une aubaine pour ce bout de France, dont la moitié de la population a moins de 20 ans, et qui accumule les retards de développement.

« Les Mahorais veulent être français pour avoir de l'argent », résume un élu du nouveau conseil général, qui commence à siéger aujourd'hui. Il leur faudra pourtant s'armer de patience... Exemple : ils pourront toucher le Revenu de solidarité active (RSA) en 2012. Mais celui-ci ne représentera qu'un quart du montant en vigueur dans l'Hexagone. L'égalité ne sera atteinte qu'en 2030 ou 2040. Un scandale pour Abdoulatifou Aly, député de Mayotte. « Il n'y a pas de département au quart ou à la moitié. On veut être français à 100 % ! » Pour le gouvernement, il s'agit de ne pas déstabiliser une économie locale déjà fragile.

La départementalisation, c'est aussi un défi pour les habitants de Mayotte. Ils vont devoir faire face à la mise en place de la fiscalité de droit commun en 2014. Un chantier qui suscite l'appréhension. « Certains Mahorais démunis possèdent des terres et les utilisent pour leur propre subsistance. Pour payer les impôts, ils devront vendre le peu qu'ils possèdent », enrage une élue du conseil général.

L'entrée dans le droit commun exige aussi la disparition de certaines spécificités propres à l'île. Les cadis, ces magistrats musulmans qui occupaient des fonctions civiles, judicaires, notariales et religieuses, ont été rayés de la carte sans ménagement. Aujourd'hui, ils « attendent que le temps passe » et espèrent conserver un rôle de médiateur auprès d'une population qui, bien souvent, ne parle pas français. « Avec nous, c'est une partie de l'identité mahoraise qui disparaît », regrettent-ils. La polygamie, elle, est officiellement interdite depuis 2005, mais est toujours pratiquée. « Les mariages polygames continuent à être célébrés mais ne sont plus reconnus administrativement », explique Yves Moatty, juge aux affaires familiales. L'âge légal minimum du mariage sera, quant à lui, relevé de 15 ans à 18 ans.

Dernier bouleversement auquel la population est confrontée : la révision de l'état civil. Selon la loi musulmane, l'enfant prenait le prénom du père comme nom. Pour l'État, une mise aux normes était indispensable. Mais le chantier a pris du retard et des milliers de dossiers n'ont pas encore été traités. Toutes ces révolutions demanderont du temps, beaucoup de temps, aux Mahorais pour être digérées. « Ce sera très difficile de nous adapter à la loi française, assure Ahmed. Nous avons la loi musulmane. Il y a la prière, l'école coranique et la polygamie. C'est notre culture. » Si, pour beaucoup, le statut de département est l'aboutissement d'un rêve, c'est surtout la première pierre d'un immense chantier.

Juliette CAMUZARD.



31/03/2011
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