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Police nationale: A reprendre en main

Les plus hauts gradés de la Police nationale font bloc autour du ministre de la Sécurité intérieure et s’attachent à conjurer la menace d’une destitution. Leur argument que voici est plutôt hallucinant : « Il est seulement à son poste depuis deux semaines et ce laps de temps est insuffisant pour le juger… ». En fait, la formidable épreuve de Toliara a amplement suffi à évaluer les capacités du ministre.

Dans le feu de l’action, sa réaction et surtout la réaction de ses subordonnés militent en faveur d’une démission. Mais sous le régime de transition, le siège doré est la valeur absolue qui éclipse toutes les autres considérations…
En fait, la question ne devrait pas être focalisée sur la personne du ministre de la Sécurité intérieure, Arsène Rakotondrazaka, obscur contrôleur général de Police, inconnu du grand public et dont le CV n’a d’ailleurs pas été diffusé au moment de sa nomination. La question devrait être concentrée sur la reprise en main de la Police nationale, où ont été constatés ces derniers mois divers faits de désobéissance, actes d’insubordination et autres dérapages. Les événements de Toliara notamment, où il y eut mort d’homme, sont inadmissibles et devraient être sanctionnés par des châtiments exemplaires.

Dans cette ville du Sud, un corps qui devrait assurer le maintien de l’ordre public est devenu un fauteur de troubles et de violence. Et un corps qui devrait prendre en charge la protection des personnes et des biens a brutalisé à mort des personnes et vandalisé des biens publics. Bref, la Police nationale s’y est livrée à des actions qui sont tout le contraire de sa mission et face à de tels errements, une solide reprise en main s’impose.

En fait, la Police nationale a un fond de culture fondée sur la fronde et la désobéissance. Rappelons, en effet, qu’en février 1975, une caserne entière, celle du Groupe Mobile de la Police (GMP), s’est mutinée et s’est élevée face à l’Etat les armes à la main. On sait que cette équipée s’est terminée par l’assassinat du colonel Richard Ratsimandrava, chef d’Etat et chef du gouvernement. Cet épisode a profondément marqué la Police nationale et pour en mesurer l’ancrage, il suffit de dire que deux ministres récents de la Sécurité comptaient parmi les mutinés de l’époque… Les actes d’insubordination ont jalonné l’histoire de la Police, mais ces derniers temps, à la faveur d’une période transitoire où l’autorité de l’Etat est vacillante, la fronde ressurgit avec vigueur. Il importe d’y mettre un coup d’arrêt et de faire en sorte que la Police renoue avec sa vocation.

Dans ce corps hiérarchisé, la tâche principale sera de rétablir la discipline et le sens de la subordination. Le mieux serait d’installer à la tête de la Police un chef à poigne qui sache se faire respecter et dont l’autorité ne sera pas contestée. Voilà un oiseau rare au sein de la Police nationale car les trois derniers ministres de la Sécurité ont vu leur mandat secoué par des actes retentissants d’insubordination. On attirera l’attention sur un exemple réussi d’opération visant à rétablir la discipline : celle conduite dans l’Armée par le général Lucien Rakotoarimasy, ministre des Forces armées. Cet officier sait taper sur la table, se faire entendre et infliger des sanctions aux défaillants.

Son action a ramené l’ordre dans les rangs et éliminé les nombreuses dérives, dont celle qui consiste pour les officiers et sous-officiers à rameuter la presse pour se livrer à des déclarations politiques. On peut imaginer un général Lucien Rakotoarimasy qui porte le titre de ministre des Forces Armées et de la Sécurité intérieure. Après tout, la Police est un corps armé et hiérarchisé qui fonctionne à la manière de l’Armée, ses plus hauts gradés se plaisent d’ailleurs à se faire appeler « général ». S’il faut absolument un haut gradé de la Police à la tête de la Sécurité intérieure, on peut penser à un ministre « délégué » ou « auprès de », placé sous la tutelle du général déjà cité. L’essentiel étant de mettre au pas la Police en cassant, voire en extirpant, cette inclination à la rébellion. Car désormais, la Police devrait canaliser son agressivité et utiliser la force dans un but d’intérêt public.

L’idée de passer sous la tutelle d’un authentique général ne réjouira certainement pas les « généraux » de la Police nationale. Mais après les épouvantables exactions de Toliara, qui ont remué l’opinion publique, ils doivent changer leur fusil d’épaule…

Adelson RAZAFY



14/12/2011
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