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Pourquoi Ravalomanana a perdu !

Le président malgache Marc Ravalomanana vient de démissionner et de remettre le pouvoir à l'armée. Pourquoi cet homme politique, réélu dès le premier tour il y a deux ans, se retrouve-t-il aujourd'hui poussé vers la sortie ? Retour sur les origines de la crise.

"Afin d'installer ses propres entreprises (...), il a exproprié beaucoup de gens"Quelles sont les raisons qui ont conduit à la mise en cause du président ?


Dans les régions côtières, il avait perdu tout crédit à cause de ses réformes foncières. Sous prétexte de faciliter l'accès à la propriété, le président a autorisé de nombreuses expropriations. Auparavant, deux systèmes coexistaient à Madagascar: le droit foncier traditionnel et le droit moderne. Le premier repose sur l'entente villageoise et familiale : malgré l'absence de cadastre, tout le monde sait qui sont les propriétaires des terres. Déjà l'ex-président, Didier Ratsiraka, avait commencé à exproprier des terrains qui contenaient des pierres précieuses, les cédant à des entreprises privées. Alors que les gouvernements précédents toléraient la juxtaposition des deux systèmes, Ravalomanana a voulu passer en force. Récusant le système traditionnel, il avait des visées sur les terres. Afin d'installer ses propres entreprises dans les rizières, il a exproprié beaucoup de gens à Ambatandrazaka, la région qui produit le plus de riz. L'affaire Daewoo (où une superficie équivalente à la moitié de la Belgique a été cédée à l'entreprise sud-coréenne) est l'aboutissement d'une logique poussée à l'extrême... Bien sûr, on avance que 50 000 emplois vont être créés, mais si les salaires oscillent entre 20 et 50 euros par mois s'agit-il réellement d'un progrès ?

Pourquoi la capitale était-elle hostile au président ?

Dans le centre-ville d'Antananarivo, des gens ont été expropriés pour permettre la construction de grands boulevards. Certes, il y a eu des indemnisations dont les montants étaient fixés d'office, mais elles ont été mal gérées. Beaucoup des partisans de l'ex-maire de Tana, Andry Rajoelina, sont des gens issus de ces quartiers, mécontents d'avoir été déplacés et de ne plus pouvoir pratiquer l'économie informelle.

Au départ, cependant, Ravalomanana incarnait un certain progrès...

C'est exact, mais il ne tarda pas à installer son système : en 2002, alors qu'il n'était pas encore confirmé à son poste et qu'il y avait beaucoup de manifestations, il disait que, contre ses adversaires, il fallait mener la "pacification", "la chasse aux sangliers". Or, dans notre culture, le sanglier est un animal impur... Par la suite, le président a créé un véritable empire des médias, fermant des radios où des opposants pouvaient être amenés à s'exprimer, les remplaçant par des radios à lui.

Quand l'opposition a-t-elle vraiment commencé à s'exprimer ?

Le malaise est apparu quand le président a remplacé tous les produits de première nécessité par des produits issus de son entreprise. Les gens se disaient : "Tout ce qu'on mange ou qu'on boit vient de lui, alors que nous devenons de plus en plus pauvres." Ensuite, il a spéculé sur le riz, gardant une partie de la production jusqu'à ce que les prix grimpent. Il a alors demandé l'aide de la Banque mondiale et on a acheté du riz pakistanais, très bas de gamme, avec une odeur de produit chimique. Mais les gens sont très attachés au riz malgache, de première qualité. Ce riz-là a été, en partie, vendu à l'étranger. On a aussi remis à l'honneur une pratique qui date de la colonisation, l' "autorisation de collecte", dans laquelle les indigènes devaient demander à l'autorité coloniale de les autoriser à récolter et vendre les produits de la terre, comme le riz ou la vanille. L'idée était d'insérer toute l'agriculture dans le secteur formel, afin que l'État puisse percevoir des impôts. Le problème, c'est que cette autorisation de collecte n'était accordée qu'aux proches du président !

Qui est Andry Rajoelina, son rival ?

Il est lui aussi un homme d'affaires, qui s'est lancé très jeune en créant des entreprises dans le domaine de la publicité. Au départ, il y eut une rivalité d'ordre commercial entre les deux hommes et on a vu le président actuel faire enlever des panneaux publicitaires appartenant à Andry Rajoelina. C'est pour cela que ce dernier est entré en politique. Les deux hommes se ressemblent un peu, ce sont des libéraux à l'américaine, qui se sont retournés contre l'ancien président Ratsiraka, qui était lui soutenu par la France. Il faut comprendre que, dans un pays comme Madagascar, le libéralisme n'est pas régulé du tout, il est vécu dans sa forme la plus brutale.






31/05/2010
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