INFO PREMIER

Quand prendra fin…: La pire des transitions ?

Démarrage laborieux des négociations inter-malgaches hier à Vontovorona, sous l'égide de la Cnosc.
Rien de bien consistant car on en était encore à mettre au point le mode de fonctionnement des séances. Il y eut beaucoup de récriminations, de huées et même de tumulte dans les travées. Mais, malgré les remarques aigres, inévitables dans les retrouvailles entre bandes rivales, l'espoir est permis car il n'y eut ni clash ni rupture. Les parties ayant hier manifesté leurs bonnes dispositions. Souhaitons qu'à partir de ce jour, elles fassent montre d'ouverture d'esprit et de volonté de conciliation afin de placer les pourparlers sous les meilleurs auspices. En tout cas, la population suit avec intérêt ces séances de Vontovorona qui relancent le processus de sortie de crise et autorisent l'optimisme.

C'est que les gens en ont plus qu'assez d'une crise qui s'éternise et qui leur pèse de plus en plus. Si les militants de la Place du 13-Mai savaient qu'au bout de deux ans, le pays serait encore dedans, beaucoup auraient quitté les lieux sur la pointe des pieds. Il est vrai que nous sommes confrontés à la pire des transitions de notre histoire, et beaucoup aspirent, donc, ardemment à un retour rapide de la situation à la normale.

Nous avons connu des transitions depuis 1972, mais aucune n'égale celle de maintenant en matière de… désagréments (pour utiliser un euphémisme). En effet, la période est secouée d'abord par des destructions d'emplois à grande échelle, notamment après la résiliation du contrat Agoa. Mais aussi à la suite de la suspension des crédits étrangers qui alimentent des projets de développement. Des dizaines de milliers de familles sont aujourd'hui privées de ressources et ne vivent que d'expédients. Ensuite la multiplication des affaires de détournement et de malversation (même au sein de la Présidence de la Transition), ou de ponctions illicites dans les caisses de l'Etat, celles-ci ayant incité les fonctionnaires du Trésor public à cesser le travail en mai dernier.

On notera également le pullulement des actes de corruption d'envergure, le plus médiatisé étant celui qui a affecté les FIGN, épisode qui a débouché sur la tragique mutinerie que l'on sait. Evoquons aussi le pillage organisé de nos ressources naturelles qui se solde par l'extermination d'essences précieuses comme le bois de rose et le palissandre. Fort probablement, le méfait est animé dans les coulisses par des Chinois de Chine, mais qu'y faire car depuis les 100 millions de dollars du fer de Soalala, ces derniers bénéficient de protections en haut lieu…

L'appât du gain (ou la misère) est tel que les tortues et les lémuriens endémiques sont capturés par milliers (comme lors du week-end à Isoanala) et sont vendus sur pieds ou sous forme de viande. Mentionnons l'explosion sans précédent de l'insécurité urbaine ou rurale, laquelle se matérialise par la recrudescence spectaculaire des attaques à main armée contre les villas et les commerces. Mais aussi par le nombre croissant des arraisonnements ou des mitraillages des véhicules de transport public sur nos routes nationales.

Le plus consternant, c'est que les bandes coupables de ces agressions comprennent souvent en leur sein des militaires ou des policiers en activités. On n'épiloguera pas sur la dégradation avancée de la moralité et de la discipline chez les forces de l'ordre, depuis le 17 mars 2009.

Est-ce donc l'anarchie car hier encore à Tanjombato, un étranger, récidiviste en délits de tous genres, a muré une route, barrant le passage de dizaine de milliers de piétons et contraignant les véhicules à un détour de… quinze kilomètres. On aurait pu régler l'affaire par une simple déclaration d'utilité publique, mais le régime de transition, mou et sans consistance, hésite et laisse les choses en l'état. Stoppons cette énumération déprimante…

Le mérite de cet épisode très médiatisé de Tanjombato, c'est qu'il symbolise de façon concrète la situation du pays engagé dans une impasse. D'où la hâte de voir les négociations de Vontovorona déboucher sur une issue.

Bref, même si elle oblige à un détour de quinze kilomètres, la voie barrée de Tanjombato est un saisissant… raccourci.

Adelson RAZAFY


26/08/2010
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 4 autres membres